La qualité de la cigarette électronique et des liquides : un impact sur la santé ?

Choisir des cigarettes électroniques de qualité

Des différences de qualité difficiles à déceler pour le consommateur et pourtant…

Une étude parue dans la revue en ligne PLOS ONE le 20 mars 2013 pointe du doigt des particules de métal et de silicate décelées dans le liquide et la vapeur d’une certaine marque de cartomiseurs de cigarette électronique. En réalité les niveaux de particules détectés sont bien inférieurs aux normes fixées par les autorités sanitaires et nettement plus faibles que les niveaux observés avec la fumée de cigarette classique. Je vous propose une analyse de ces résultats par le Docteur Farsalinos. Comme il l’indique dans ses conclusions, cela pose la question du matériel car cette étude pourrait être révélatrice de différences au niveau du type de cigarette électronique utilisé mais peut être également de qualité de fabrication comme le montre les vidéos d’usines que j’ai prise lors de ma dernière visite à Shenzhen .

Commentaires sur l’étude : « Métaux et des nanoparticules dans la e-cigarettes »

Disponible en version originale ici.

Une étude intéressante vient d’être publiée au PloS One par des chercheurs de l’Université de Californie. L’étude a évalué la présence de particules de métaux lourds et de silicate dans la vapeur et le liquide de cartomiseurs (Note personnelle : contenant de cigarette électronique dans lequel est introduit le liquide et disposant d’un atomiseur pour le vaporiser).

Etude sur un cartomiseur de cigarette électronique

Image issue de l’étude publiée dans la revue PLOS ONE le 20 mars 2013

Les chercheurs ont d’abord disséqué quelques cartomiseurs et les ont passés dans une centrifugeuse pour détecter les métaux pouvant être présents dans les différents composants du cartomiseur. Bien qu’utile, cette information n’a pas de valeur clinique. Le processus de «décortiquer» le cartomiseur pourrait conduire à la production de petites particules qui ne seraient pas présentes dans la vapeur. Donc, je ne m’attarderai pas sur les résultats de ces procédures. Un résultat surprenant était que la plupart des cartomiseurs avaient déjà été utilisés (bien qu’acquis soit disant en état neuf ) probablement à des fins de test. Toutefois, dans certains cas, ils ont été trop utilisés, avec des taches caractéristiques de combustion dans les fibres de poly-fil.

L’étude cytotoxique, évaluant les effets sur les fibroblastes pulmonaires d’humains, a également une faible valeur clinique. Tout d’abord, ils ont testé le liquide sous forme liquide, alors que nous savons qu’en réalité, l’utilisateur est avant tout exposé à de la vapeur. En outre, ils ont produit un mélange artificiel de liquide avec des particules obtenues par centrifugation qui a été testé sur des fibroblastes, en reproduisant des conditions qui ne sont pas applicables à un utilisateur réel.

La partie la plus intéressante de l’article était l’examen de la vapeur pour la détection de métaux lourds. Les résultats étaient assez attendus. La question des particules provenant de la mèche et des pièces métalliques ainsi que de la soudure a été soulevée depuis longtemps dans les forums de cigarette électronique. C’était un territoire inconnu jusqu’à présent. Il convient de souligner que seules les petites particules sont capables de pénétrer profondément dans le système respiratoire, de sorte que la «poussière» que de nombreux utilisateurs ont vu lors de l’utilisation de la E-cigarette n’a pas de valeur clinique. Les chercheurs ont trouvé plusieurs particules de taille nanométrique, qui sont capables de pénétrer profondément dans les poumons. Les chiffres qu’ils rapport montrent que l’e-cigarette produit 880 fois moins de particules par rapport aux cigarettes classiques (ils disent que 100 bouffées correspondants à environ 10 cigarettes exposeront l’utilisateur à 100 millions de nanoparticules, tandis qu’une cigarette délivre 8,8 milliards de particules).

Une partie importante de l’article est consacrée à la discussion sur la présence de l’étain, venant de la soudure. Tout d’abord, il faut souligner qu’ils n’ont pas trouvé de plomb dans la soudure, conformément à l’interdiction mondiale de son utilisation. Concernant la toxicité de l’étain, la stannose (la maladie causée par l’inhalation de particules d’étain) est une forme bénigne de pneumoconiose. Il a été observé chez les travailleurs retraitant l’étain à partir de déchets, et d’après l’ATSDR (également référencé dans l’article) « Dans tous les cas, les radiographie thoraciques des travailleurs ont montré des ombres opaques à travers les poumons, attribuée aux dépôts d’oxyde stannique. Cependant, il n’y avait «aucune altération de la fonction pulmonaire ou une maladie systémique » (http://www.atsdr.cdc.gov/toxprofiles/tp55-c3.pdf page 30). Les limites d’exposition admissibles de l’étain (tels que définis par l’agence pour la santé et la sécurité au travail (OSHA)) dans l’air sont fixées au niveau de 2mg/m3 (http://www.espimetals.com/msds / tin.htm) . Qu’est-ce que cela signifie par rapport aux résultats de l’étude ? Le tableau 1 de l’étude indique qu’ils ont trouvé 0.037micrograms d’étain pour 10 bouffées de e-cigarette. En supposant que 10 bouffées sont égales à 500 ml de vapeur et d’air inhalé (50ml/puff- est une très modeste estimation), nous pouvons conclure que la concentration de métal par m3 (1000 litres) sera de 0.037 x 2000 = 74 micrograms par m3. C’est 27 fois moins que la limite supérieure pour une exposition professionnelle (8 heures d’exposition continue à ces limites). Il convient de mentionner que l’étain est beaucoup plus dangereux sous forme organique, contrairement à la forme inorganique trouvé dans cette étude.

Le plomb est un métal hautement toxique. En utilisant une méthodologie semblable à l’étain, on peut calculer un niveau d’exposition de 34 micrograms par m3, tandis que les limites de sécurité sont 50micrograms/m3 (http://www.osha.gov/dts/chemicalsampling/data/CH_249110.html). De même pour l’aluminium, le niveau d’exposition est mesurée à 788 micrograms par m3 (0.788mg/m3) par rapport aux niveaux de sécurité actuellement définies de 5mg/m3 (http://www.osha.gov/SLTC/healthguidelines/aluminum/recognition. html).
Une autre méthode de mesure de l’exposition à ces métaux est de prendre en compte l’exposition quotidienne maximale admissible, telle que définie par la convention pharmacopée US (http://www.usp.org/sites/default/files/usp_pdf/EN/USPNF/key- issues/c232_final.pdf). Selon la révision de 2013 (concernant l’exposition par inhalation), les niveaux étaient de 5 microgrammes / jour pour le plomb, 1,5 microgrammes / jour pour le nickel, 100 microgrammes / jour pour le cuivre et 25 microgrammes / jour pour le chrome. Selon nos calculs (mesures sur des utilisateurs expérmimentés de cigarette électronique), 13 bouffées en 5 minutes conduirait à une consommation de 60 mg de e-liquide, donc 1 gramme (environ 1 ml) est consommé par 216 bouffées. Compte tenu d’une consommation moyenne de 4 ml e-liquide / jour, les utilisateurs de cigarette électronique prennent environ 880 bouffées par jour. Selon les mesures de l’étude, ils obtiendraient 1,5 microgrammes / jour pour le plomb (5 est la limite de sécurité), 0,44 microgrammes / jour de nickel (1,5 est la limite de sécurité), 17 microgrammes / jour de cuivre (100 est la limite de sécurité) et 0,6 microgrammes / jour de chrome (25 est la limite). Tous les niveaux sont significativement inferieurs comparés aux limites de sécurité, même pour une consommation quotidienne de plus de 10 ml d’e-liquide.
Enfin, il convient de mentionner que dans une autre étude qui a évalué le cadmium, le nickel et la présence de plomb dans les e-cigarettes, des niveaux similaires ont été trouvés dans les inhalateurs de nicotine vendus en pharmacie.

En conclusion, cette étude est importante car elle nous rappelle que les cigarettes électroniques ne sont pas totalement une habitude saine. Elle montre également que dans les études chimiques les résultats dépendent uniquement de ce que vous recherchez. Ce qui signifie que dans plusieurs autres études aucun métaux lourds n’ont été détectés parce qu’ils n’ont pas été cherchés. Par conséquent, nous ne pouvons pas faire confiance à des études chimiques, car elles ne fournissent pas toute les informations et elles ne mesurent pas les effets propres à l’utilisation. Cependant, une fois encore, il semble que le niveau de l’exposition à des substances nocives est beaucoup plus faible par rapport aux cigarettes classiques contenant du tabac. N’oublions pas que plusieurs autres produits chimiques toxiques (nitrosamines, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les radicaux libres) présents dans les cigarettes classiques et pointés du doigt dans la contraction de certaines maladies n’ont pas été abordés dans cette étude. J’ai toujours soutenu l’opinion que nous devrions rechercher le produit le plus sûr possible, même si nous pensons que n’importe quelle cigarette électronique est plus sûre que le tabac. Ainsi, sur la base de cette étude, il est important d’examiner d’autres types d’atomiseurs qui pourraient être plus sûrs par rapport aux cartomiseurs testés. La qualité de fabrication doit (et peut) certainement être améliorée.

Docteur Konstantinos Farsalinos

A noter que la provenance des cartomiseurs utilisés n’est pas précisée.

Comme je l’indiquais déjà dans cet article sur les usines de cigarette électronique, j’ai pu constater lors de ma dernière visite à Shenzhen des différences de normes dans les usines productrices. Au delà des différences de fiabilité, les matériaux utilisés dans une usine de moindre qualité ainsi que l’absence de tests sanitaires pourraient s’avérer problématique.

Il me semble que les vidéos les plus révélatrices que j’ai pu prendre sur les différences d’une usine à l’autre sont celles qui suivent. Elles concernent le remplissage de cartomiseurs et de flacons par du liquide pour cigarette électronique, à comparer également avec la production de liquide dans l’usine Flavour Art.

Cette première vidéo montre le remplissage de cartomiseurs dans la salle blanche d’une usine où nous avons pu apprécier la qualité et le respect de normes sanitaires strictes :

Cette seconde vidéo d’une usine que j’ai aussi visitée, montre le remplissage de flacons de eliquide dans une autre entreprise qui fabrique également des cigarettes électroniques. Il est inutile de commenter il me semble…

Comme on peut le voir il y a d’énormes disparités entre les usines.

Remarque : les usines filmées ont accepté que les vidéos soient mises en ligne.

Enfin, la vidéo de l’usine Flavour Art de liquide pour cigarette électronique dans laquelle une partie de la production est automatisée et qui a récemment obtenu la norme ISO9001 : 2008 délivrée par l’auditeur suisse SQS.

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Sylvain Filatriau

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