60 millions de consommateurs reste très évasif sur son étude : la critique s’intensifie

Un buzz mortel ?

Un buzz mortel ?

Le journal 60 millions de consommateurs a publié le 3 septembre 2013 une réponse à la lettre ouverte de l’Aiduce suite à l’article alarmiste de début du mois qui créé un véritable raz de marée dans les médias du monde entier. Le titre « nous avons simplement fait notre travail » ne semble pas calmer les vapoteurs et les experts qui continuent de se déchaîner. Tout le monde attend en effet la protocole détaillé de l’étude et une déclaration qui serait reprise dans l’ensemble de la presse pour rectifier le tir. Même si le journal écrit finalement explicitement dans sa réponse que la cigarette électronique est infiniment moins nocive que le tabac, tout le monde attendait plus. Petit florilège des déclarations et répercutions de cet article dans le monde et la nouvelle réponse du Docteur Farsalinos à la justification de 60 millions de consommateurs qu’il trouve légère. Au passage, je voulais vous faire partager l’expression mythique du Docteur Burstyn qui a produit un rapport sur toutes les études scientifiques sur la cigarette électronique publiées jusqu’à présent : « Fumer c’est comme courir en tong sur une autoroute. La cigarette électronique c’est comme prendre le taxi ». Ça se passe de commentaire…

Des réactions d’experts pour essayer de rectifier le tir

Au delà du Docteur Farsalinos qui est extrêmement actif sur cet article et les reprises médias qui l’ont cruellement énervées (voir cet article et son commentaire ci-dessous), d’autres personnes bien connues des vapoteurs se sont exprimés.

A commencer par le Docteur Carl V Phillips, qui n’est ni plus ni moins que le directeur scientifique de CASAA (The Consumer Advocates for Smoke-free Alternatives) qui a de sérieux doutes sur la méthode utilisée. Il est notamment convaincu qu’elle est irréaliste et qu’il y a une surchauffe de la cigarette électronique, rappelant que c’est précisément ce qui ressortait des études qui ne reflétaient pas l’utilisation normale d’un être humain. Il rappelle qu’il est indispensable de fournir une méthodologie détaillée pour qu’on puisse prendre cette étude au sérieux car pour lui ce n’est pas de la science pour le moment mais simplement des allégations.

"Fumer c’est comme courir en tong sur une autoroute », « La cigarette électronique c’est comme prendre le taxi ».

« Fumer c’est comme courir en tong sur une autoroute », « La cigarette électronique c’est comme prendre le taxi ».

Le Docteur Burstyn a récemment écrit un dossier à partir de toutes les études (plusieurs dizaines) consacrées à la cigarette électronique ce qui représente des milliers de sujets. Pour lui, il est indéniable que la cigarette électronique est moins nocive et qu’elle devrait être mise en avant plutôt qu’attaquée avec des études peu fiables. Pour lui « Fumer c’est comme courir en tong sur une autoroute », « La cigarette électronique c’est comme prendre le taxi ».

Enfin, signalons la réaction de Clive Bates, ancien directeur de l’Action on Smoking and Health au Royaume Uni qui a fustigé le Daily Mail qui a repris l’article de 60 millions de consommateurs et titré « D’après une étude, les cigarettes électroniques sont aussi nocives que les cigarettes ordinaires et pourraient entraîner le cancer ».
Il a même déclaré avoir porté plainte contre le journal suite à cet article qui selon lui ne respecte pas une démarche journalistique professionnelle.

A ces réactions à l’international, divers pneumologues, tabacologues et professionnels de la santé ont également réagi en France, pour rappeler que même si nous ne savons pas tout de l’impact de la cigarette électronique sur la santé, c’est clairement moins dangereux que le tabac. Bref, attendons maintenant que les journaux titrent : « La cigarette électronique est infiniment moins dangereuse que de fumer »…

Une réponse pour dire que le journal n’a rien à se reprocher

L’association indépendante des utilisateurs de cigarette électronique (Aiduce) a écrit une lettre ouverte à 60 millions de consommateur dont la réponse est disponible depuis le 3 septembre 2013 sur le site de 60 millions de consommateurs.

Les critiques sur l’article de 60 millions de consommateurs fusent de toute part

Les réactions fusent sur les forums pour dénoncer que le journal n’assume pas d’avoir souhaité faire le buzz (preuve à l’appui de réactions twitter d’un membre du journal qui se félicitait que leur article fasse les gros titres en début de semaine dernière…avant que tout cela prenne la tournure que l’on connaît). Il reproche également au journal de ne toujours pas fournir d’élément sur le protocole. Mais surtout, d’avoir modifié son discours compte tenu de l’interprétation des résultats.

Le Docteur Farsalinos a également  de nouveau réagi à l’article sur son site internet :

Le Docteur Farsalinos était très énervé par l'article de 60 millions de consommateurs

Le Docteur Farsalinos encore plus agacé par l’article de 60 millions de consommateurs

« Étude » de 60 millions de consommateurs  » étude  » : erreurs de méthodologie , et problèmes majeurs dans la présentation

Voici un nouvel épisode au sujet de l’article de  60 millions de consommateurs « étudiant » les éléments chimiques de la ecigarette, avec une avalanche de commentaires critiquant l’article original et le magazine essayant de justifier son article. Je ne suis pas en position de critiquer ou de remettre en question les justifications du magazine. Cependant, je suis assez compétent pour discuter de la méthodologie et de ses répercussions potentielles sur les résultats . En outre, je suis capable de lire des études médicales et comprendre leurs résultats et leurs conclusions. Enfin, je n’ai besoin de rien de plus que de connaître des mathématiques de base pour comparer leurs résultats avec ceux des cigarettes classiques .

Une partie du protocole de l’étude a été révélée. Ils ont utilisé certains modèles de cigarettes électroniques ( lesquels ? ) pour produire des aspirations de trois secondes avec des intervalles de 30 secondes. La vitesse d’écoulement du volume est de 50ml / 3 seconde ( 1000ml/minute ). Une telle procédure est correcte, si nous supposons que l’appareil et l’atomiseur fonctionne correctement pour ne pas reproduire un phénomène d’aspiration sèche (sans liquide). Il s’agit d’un point crucial. Dans notre étude, publiée dans le International Journal of Environmental Research and Public Health (voir texte intégral, il est disponible en accès libre ), nous avons expliqué ce phénomène d’aspiration sèche; En fait, nous avons observé cela avec l’atomiseur que nous avions initialement utilisé pour l’étude. Le phénomène d’aspiration sèche est le résultat d’ une surchauffe. On s’attend à ce que la surchauffe puisse conduire à la production de produits chimiques toxiques . Toutefois, l’utilisateur détecte immédiatement et l’évite en diminuant la durée d’aspiraiton et en augmentant l’intervalle entre chaque boufée ( ou en remplissant l’atomiseur avec du liquide au cas où il serait vide) . L’étude française a-t-elle examiné si les conditions expérimentales pouvaient entraîner le phénomène d’aspiration sèche ? Si ce n’est pas le cas ( ce qui est très probable), comment peut-on soutenir que les niveaux de produits chimiques trouvés soient effectivement ceux qu’auraient un utilisateur de cigarette électronique lambda ? En d’autres termes , si les conditions de test ne représentent pas un usage réel alors les résultats ne reflètent pas l’utilisation réelle et n’ont qu’une valeur théorique.

Cependant, ce n’était pas la seule erreur. Une importante question méthodologique était qu’entre deux bouffées ils n’ont pas inactivé la pompe à vide , mais ont continué à aspirer de l’air du laboratoire. Pourquoi ont-ils fait cela? Probablement parce que c’était plus pratique. Toutefois, le résultat de cette procédure est que le résultat final n’est pas la quantité de produits chimiques présente dans la vapeur à partir de 15 bouffées. Il s’agit de la quantité présente dans la vapeur en plus d’une énorme quantité d’air du laboratoire. Pour 15 bouffées ils avaient besoin de 7 minutes, puisqu’ils ont pris 1 bouffée toutes les 30 secondes à partir de l’instant t=0 . Le taux d’ aspiration était de 1000ml/minute et les bouffées ont duré 3 secondes. Ainsi, ils ont aspiré 100ml de vapeur (2 aspirations) et 900ml d’air par minute (la première minute ils prennent une aspiration à t=0, une à 30 secondes et une à 60 secondes donc 150ml aspirés et 850ml d’air). Ainsi, les résultats indiquent les quantités de produits chimiques présentes dans 750ml de vapeur (50 ml par bouffée multiplié par 15 bouffées ) plus 6250 ml d’air à partir de l’environnement du laboratoire. Remarque : l’aspiration d’air n’a pas entraîné de dilution de la vapeur, parce que pendant l’expérience , ils ne recueillent pas la totalité de l’air et mesure les produits chimiques après. Ils séparaient les produits chimiques au moment de l’ aspiration. Par conséquent, ils ajoutaient les produits chimiques présents dans l’environnement. L’article doit mentionner expressément que leurs résultats représentent les sommes présents dans 15 aspirations plus 6250ml de l’air du laboratoire.

Mais le problème le plus important est lla façon dont l’ ‘ »étude  » a été présenté. L’ article initial a mentionné que dans certains cas, les produits chimiques sont présents dans les niveaux supérieurs par rapport au tabac. Mais ils n’ont pas présenté les résultats chiffrés. Dans leur article suivant , ils ont rapporté les niveaux les plus faibles et les plus élevés qu’ils ont trouvé. En utilisant de simples calculs mathématiques et en les comparant avec les résultats de Goniewicz et ses collègues , il est évident que les niveaux sont de loin inférieurs à ceux des cigarettes classique ( même si on ignore les erreurs méthodologiques). Je dois le dire clairement : les niveaux qu’ils ont indiqués étaient de loin inférieur à celui des cigarettes classiques.

Le magazine a écrit une réponse le 3 Septembre suite à la lettre de l’association de consommateurs de cigarette électronique AIDUCE . Dans cet article, ils ne parviennent pas à reconnaître que l’article initial annonçant des produits chimiques toxiques à des niveaux plus élevés que le tabac était faux. Ils n’arrivent pas (encore ) à fournir des détails sur la méthodologie, prétendant juste que c’est excellent. Au lieu de cela , ils discutent au sujet de l’étiquetage inexacte de la nicotine ( qui est effectivement un problème, mais ne peut causer aucun préjudice aux usagers et n’était pas la raison de la grande désinformation et d’intimidation lié à leur article original) . Cependant, le plus inquiétant , c’est qu’ils font un constat alarmant et effrayant que les cigarettes électroniques ne doivent pas être comparées au tabac parce qu’ils sont juste un produit d’usage courant. C’est absolument scandaleux. Nous crions haut et fort  tous les jours que les e- cigarettes devraient être commercialisés pour les fumeurs et ne doivent pas être utilisés par des non- fumeurs comme une nouvelle tendance ou une nouvelle mode. Comment une association de consommateurs peut penser tester l’e-cigarette sans les comparer au tabac parce que c’est un produit d’usage courant ? Proposent-ils que le public doivent les considérer comme un produit d’usage courant et pourraient être utilisé par tout le monde ? C’est une déclaration très dangereuse. Nous devons préciser que les cigarettes électroniques ne doivent pas être utilisés pour n’importe quelle raison si ce n’est de se substituer au tabagisme ( partiellement ou complètement ) ou pour prévenir la prévention de rechute du tabagisme.

Une autre question porte sur le fait que le chrome aurait été trouvé dans la vapeur d’ e- cigarette. Comme je le disais dans mon commentaire précédent , seul le chrome hexavalent est toxique . Aucune étude n’a jamais précisé si le chrome hexavalent a été trouvé ou non. Non seulement les autres formes de chrome sont non toxiques, mais en fait ils sont un minéral essentiel pour l’organisme humain. Il est présent dans les suppléments multivitaminés largement utilisés et approuvés et il peut avoir des effets bénéfiques sur plusieurs parties du corps humain. Bien sûr , les gens sont terrorisés quand ils entendent parler de chrome, mais la vérité est que seul le chrome hexavalent est toxique, et cela doit être clair .

En conclusion, au lieu de publier en ligne de nouveaux articles chaque jour sans rien dire sur les vrais résultats et de leurs implications réelles , je suggère qu’ils fassent ce que chaque chercheur correct ferait : révéler la méthodologie en détail ( ce ne peut pas être un secret , tel qu’aucune étude similaire n’a été faite jusqu’à présent) , répondre aux vraies questions sur leurs erreurs et omissions et expliquer pourquoi ils ont faussement déclaré que les niveaux observés étaient plus élevés que le tabac.

Pour être transparent jusqu’au bout : Le Dr Farsalinos est un chercheur du Centre de chirurgie cardiaque Onassis  à Athènes, en Grèce et au Centre de recherche en imagerie médical à l’Université/Hôpital   Gathuisberg à Louvain, en Belgique. Il est activement engagé dans la recherche sur la sécurité et les risques de la cigarette électronique. Pour certains de ses travaux, l’institution « Centre de chirurgie cardiaque » a reçu un financement de la part d’entreprises de cigarette électronique, mais il n’a personnellement reçu aucune compensation financière.

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Sylvain Filatriau

 

Une réflexion au sujet de « 60 millions de consommateurs reste très évasif sur son étude : la critique s’intensifie »

  1. Merci Sylvain pour ce nouveau, et très bien écrit, article. C’est toujours un plaisir de te lire :)
    Je vais le citer et re-poster comme d’habitude sur mes différents réseaux sociaux dans l’espoir que plus de gens puissent le lire.

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