Cigarette électronique, cannabis et THC : usage thérapeutique et récréatif

Feuille de cannabis

Après le vapotage, cannavapotage ?

La cigarette électronique est devenue un substitut au tabac pour bon nombre de fumeurs. Convaincus que le risque pour la santé est moindre qu’avec la cigarette classique, certains médecins orienteraient même aujourd’hui leurs patients vers la Ecigarette. Il est exact que les études scientifiques concluant que la cigarette électronique est moins toxique que le tabac fumé se multiplient ce qui permet de renforcer les témoignages des vapoteurs qui constatent depuis longtemps une amélioration de leur santé. Des études d’impact sur le long terme doivent bien entendu être menées mais le produit est très prometteur. Dès lors une idée a germé dans l’esprit de certains consommateurs de cannabis échaudés par certaines études concluant qu’ils inhaleraient encore plus de substances cancérigènes que les fumeurs de tabac : mettre au point du E-liquide au THC (tétrahydrocannabinol). Par ailleurs, la cigarette électronique avec THC pourrait potentiellement être utilisée à des fin thérapeutiques dans les pays avec une autorisation des pouvoirs publics bien entendu. Ces deux utilisations parallèles de la cigarette électronique ne sont pas neutres de conséquences…décryptage.


Avant toute chose, je tiens à signaler que je ne cautionne en aucun cas toute prise de cannabis par quelque méthode que ce soit de même que la prise thérapeutique ou non de THC lorsqu’elle n’est pas régie par la loi. Cet article n’a qu’un objectif informatif. Le cannabis est une drogue interdite en France.

Rappel sur le cannabis et le THC

Le cannabis est un genre botanique qui rassemble plusieurs plantes. Il est domestiqué par l’homme depuis le Néolithique.  Le principal constituant psychoactif du cannabis est un cannabinoïde : le tétrahydrocannabinol (THC). Mais il contient bien d’autres composés dont 84 autres cannabinoïdes, tels que le cannabidiol (CBD), le cannabinol (CBN), e let tétrahydrocannabivarine (THCV). Le cannabis a à la fois des  effets psychoactifs et médicinaux connus depuis l’antiquité.

Brique de chanvre

Des maisons écologiques sont construites en briques de chanvre

Certaines « variétés » de cannabis sont riches en fibres et pauvres en THC. Elles sont traditionnellement utilisées pour fabriquer des cordages, des textiles ou du papier (la première Bible imprimée serait composée de chanvre). De nos jours on s’en sert pour faire du béton de chanvre et des briques de chanvre reconnus pour leurs qualités d’isolant thermique et phonique. On peut aussi en faire de l’huile, de la farine des boissons, des litières…

D’autres sont plus riches en THC et relativement pauvres en fibre. On distingue notamment le chanvre sativa, indica (indien) et afganica (afghan).

A noter que le chanvre sauvage ou ruderalis a une très faible teneur en THC.

Les effets recherchés par les consommateurs « récréatifs » du cannabis sont variés et dépendent des individus et des quantités absorbés : euphorie, détente, perte d’inhibition, sensation de créativité et d’intelligence, stimulation de l’appétit, sommeil…

Les effets indésirables sont notamment : des yeux rouges, des tachycardies, hypertension/hypotension, bouche pâteuse, anxiété, altération de la mémoire et de la perception du temps, paranoïa, révélation d’une schizophrénie latente…

Le cannabis est considéré comme une drogue douce en particulier car il serait impossible de faire une overdose de THC en fumant. Cependant il est indispensable de rappeler que selon certains auteurs le cannabis créerait une dépendance psychique (mais non physique) comme dans le cas de certains drogues dures.

Carte d'Europe cannabis thérapeutique

Le cannabis thérapeutique est autorisé dans plusieurs pays européens

L’utilisation thérapeutique est autorisée dans certains pays pour de très nombreuses pathologies comme les nausées, l’anorexie, la spasmophilie, les douleurs, les diarrhées, l’épilepsie, l’asthme, les insomnies…

Le cannabis peut être administré de différentes façons. La plus répandue est la combustion, mais il peut aussi ingéré.

Le principal mode d’administration thérapeutique est la vaporisation (le principe est proche de celui de la cigarette électronique) ou la sublimation. Il est en effet possible d’extraire sous forme de vapeur le THC et les autres cannabinoïdes en chauffant à une certaine température la plante sans la brûler. Il n’y a donc pas combustion et donc pas de substances toxiques et cancérigènes. L’effet est immédiat et plus fort qu’avec la combustion.

La cigarette  électronique au cannabis avec THC est-ce théoriquement possible ?

L’avantage de eliquide contenant du THC serait de faciliter son absorption thérapeutique via une méthode plus simple que la vaporisation et offrant un meilleur contrôle des quantités administrés. Pour le consommateur récréatif, ce pourrait être une méthode d’absorption plus saine que la combustion.

Cette question est sur les lèvres de tous les adeptes de la marijuana qui ont essayé la cigarette électronique. L’idée vient naturellement. En principe elle pose exactement les mêmes problèmes que pour le tabac. Comme chaque utilisateur de cigarette électronique confirmé le sait, il est impossible de retrouver exactement le goût de ses anciennes cigarettes : choisir un e-liquide  proche de sa marque de cigarette est un véritable casse tête. En effet, malgré les efforts des aromaticiens qui ont analysé au spectrogramme de masse les arômes du tabac et ont tout de même réussi le tour de force de s’en approcher la quête de l’arôme parfait est vouée à l’échec. La raison en est tout simplement que le processus de combustion est absent de la cigarette électronique. C’est l’une des raisons pour lesquelles les substances cancérigènes de la cigarette classique sont absentes de même que les goudrons…mais cela joue nécessairement sur les sensations olfactives et gustatives du consommateurs. Certains fabricants proposent des liquides soit disant aromatisés au cannabis (sans THC) mais de l’avis des consommateurs le résultats en terme de goût est loin d’être probant. Des liquides au THC seraient en vente dans certains pays, les avis lus sur les forums montrent qu’il s’agit essentiellement d’arnaques dans la lignée des fausses pilules bleues qui pullulent sur le net. D’ailleurs certains de ces vendeurs peu scrupuleux affirment que leurs modèles de cigarette électronique sont conçues spécialement pour cette utilisation alors qu’il s’agit généralement soit  de modèles dépassés soit dans le meilleur de modèles de dernière génération comme la cigarette électronique Ego Stardust.

BHO (huile de cannabis)

Le BHO ressemble à du miel mais n’a pas du tout les mêmes effets…

Pourtant certains forumeurs auraient réussi à créer des liquides contenant du THC avec un goût proche du cannabis notamment en mélangeant de l’huile de cannabis BHO (Butane Honey Oil) avec une base neutre classique de eliquide composée de propylène glycol et glycérine végétale. Selon les proportions les effets seraient plus ou moins forts mais en tous cas généralement plus intenses et moins longs sur la durée qu’avec un joint. Je ne donnerai bien entendu pas les « recettes » précises que j’ai pu lire sur différents forums français et anglosaxons et SURTOUT, je déconseille fortement de procéder à de tels mélanges et à les vapoter car on ne connaît bien entendu absolument pas les effets sur la santé. La cigarette électronique est un formidable produit pour améliorer sa santé en arrêtant de fumer, il serait bien dommage qu’elle soit utilisée à mauvaise escient.

Pourtant une utilisation médicale pourrait être envisagée. Actuellement plusieurs méthodes existent pour l’administration de THC dans les pays ou cette médication est autorisée même si la vaporisation (voir plus haut) serait la plus répandue.  L’utilisation de la cigarette électronique avec eliquide pourrait être une nouvelle forme d’administration plus simple avec les même avantages pour la santé que la vaporisation (absence de substance cancérigènes…) . Mais il s’agira alors d’un médicament qui pour être commercialisé, devrait entrer dans le circuit contraignant de l’obtention d’une autorisation de mise sur le marché (AMM). Le taux de THC devra être fixé précisément comme actuellement le taux de nicotine des eliquides commercialisés en France. Il faut bien entendu rappeler que même si la cigarette électronique n’est pas un médicament, pour des raisons de qualité, l’essentiel des fabricants de eliquide utilisent des bases nicotinées répondant à des normes pharmaceutiques.

Macarons

Ce serait quand même dommage d’interdire la pâtisserie à cause des space cakes.

Ainsi la cigarette électronique pourrait à la fois être détournée pour des usages illicites ou thérapeutiques. En terme d’image et de décisions politiques, nul doute que cela pourrait avoir des conséquences sur ce nouveau produit qui est autant craint par certains que porté aux nues par d’autres. Néanmoins, il est évident que l’utilisation de la cigarette électronique par des consommateurs de cannabis qui fabriqueraient artisanalement des eliquides au THC ne concerne probablement qu’une poignée de personnes. Il faut être vigilant pour éviter tout accident, mais signalons au passage que certains confectionnent des gâteaux au cannabis au propriété psychotrope (space cake), pas de quoi interdire la pâtisserie pour autant.

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Sylvain Filatriau

 

 

 

3 réflexions au sujet de « Cigarette électronique, cannabis et THC : usage thérapeutique et récréatif »

  1. Il serait intéressant qu’une étude un peu fouillée soit faite. La pratique ne semble pas développée parmi les (anciens) fumeurs ayant adopté la cigarette électronique comme alternative au tabagisme au quotidien.
    M’est avis que le rendement de la vaporisation du THC est faible aux températures utilisées avec les bases PG/VG. On peut penser que des dispositifs spécifiques puissent être mis au point. Quant à savoir comment en contrôler la disponibilité sur le marché, je dis « Joker »…

    • Je ne suis pas convaincu de ce que vous dites
      La température d’ébullition de la glycérine est de 290°, celle du propylène glycol de 188° et celle du THC de 157°.
      Certes la température de la vapeur que l’on inspire est bien inférieur au valeur ci-dessus, mais il faudrait en fait connaitre la température au niveau de la résistance. Certains ont mesuré plus de 150° sans tirage, la température redescendant dès qu’on commence à tirer sur la e-cigarette. Donc franchement, je ne vois pas d’obstacle à ce que cela fonctionne, bien au contraire.
      En fait, ce qui me gène, c’est l’utilisation de BHO alors qu’il est possible (je ne sais pas, je ne suis pas un expert) que le TCH soit soluble dans le propylène glycol.

      Néanmoins et pour rester dans la loi, je rappelle que l’usage de stupéfiant est illégal et dangereux.

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