La Californie en croisade contre la cigarette électronique

Depuis plusieurs mois, la Californie et d’autres états américains semblent partis en croisade contre la cigarette électronique. Arsenaux juridiques puissants, et surtout, axes de communication reposant sur des craintes largement exagérées: porte d’entrée vers le tabac pour les jeunes, effets de la vape à long terme inconnus ; avec des affirmations sans réel fondement, pour des faits restant à démontrer. Au-delà de nécessaires mises en garde sanitaires, cela s’explique par le fait, entre autre, que la plupart des états américains ont peu d’intérêt à voir diminuer la consommation de tabac, au détriment de la santé des américains. Même si l’application de la directive européenne sur les produits du tabac va durcir les lois sur la cigarette électronique en France, en comparaison, les vapoteurs de l’hexagone sont plutôt bien lotis.

Un budget faramineux de 75 000 000 $ (68 000 000 €) en communication, contre la cigarette électronique!

La Californie contre l'e-cigarette

La Californie se dote d’un arsenal juridique contre la cigarette électronique

Dans cet état de réputation plutôt libérale, où des produits comme le cannabis sont légaux sous certaines formes, une bataille contre la cigarette électronique a de quoi surprendre, à première vue tout du moins.

Cela s’accompagne d’une propagande anti-e-cigarette particulièrement féroce dans tout l’état américain, avec pour épicentre le comté d’orange, un comté de 3 millions d’habitants, comprenant une grande partie de Los Angeles.
Un communiqué de presse (en), un site Internet hostile à la e-cigarette (en) ont même été édités par ce comté en janvier 2015 par le département Education, afin d’en mesurer les dangers.

Mais que dire de cette initiative, face au département Santé (CDPH) de la Californie, qui prévoit de dépenser près de 75 000 000 de dollars (68000000€) sur 5 ans dans une campagne contre l’e-cigarette?
Clips vidéos, communication virale sur réseaux sociaux, communiqués de presse alarmistes, brochures, publicité dans la presse, journaux, radio, télé ; financement d’études scientifiques dont on peut se douter que les conclusions seront à charge… c’est un budget colossal, que des personnalités tel que le Dr Farsalinos assimile à de la basse propagande, et dénonce : « Ils ignorent toutes les recherchent qui démontrent que les cigarettes électroniques sont de loin moins nocives que les cigarettes de tabac« .
Ci-dessous, le clip vidéo financé par le département Santé de la Californie.

Michael Siegel

Michael Siegel : « C’est non seulement faux mais surtout irresponsable, que d’affirmer au public que fumer n’est peut-être pas plus risqué que vapoter ».

Pour le docteur américain Michael Siegel, qui tente continuellement de rétablir la vérité face aux accusations mensongères provenant d’organismes de santé publique, le CDPH met en danger la santé de millions d’américains fumeurs avec de tels arguments, parfois mensongers, sur un produit innovant qui a accompli en 5 ans ce qu’aucune législation, interdiction ou réglementation n’a pu accomplir, dans la lutte contre le tabac.

Mensonger, car dans des brochures distribuées, il est par exemple précisé, notamment « les e-cigarettes sont tout aussi addictives que les cigarettes ordinaires’, tout en minorant ou en éludant, continuellement, les dangers réels et avérés du tabac. Bien qu’aucune étude scientifique n’aie pour le moment conclu de manière irréfutable que l’e-cigarette entraînerait une moindre addiction que la cigarette ordinaire; tout laisse à penser, par l’expérience des vapoteurs, que ceci n’est pas le cas. Les affirmations de cette brochure éludent le danger réel inhérent au tabac, et cela dès la la première cigarette.
Cette documentation fallacieuse à destination d’un public pas toujours connaisseur de la cigarette électronique, a donc pour objectif direct de désinformer une population.

Autre exemple: il est précisé, aussi, dans ces documents, qu’une e-cigarette peut provoquer des accidents domestiques et des départs de feux lorsque elle est utilisée mal à propos. Certes… mais, qui peut citer un seul appareil électrique domestique qui n’est pas sans danger lorsqu’il est utilisé à mauvais escient? Le risque est aussi important qu’un chargeur de téléphone portable défaillant qui chaufferait trop. D’ailleurs, les fabricants mentionnent dans leurs notices de ne pas laisser un chargeur branché sans surveillance. Le risque n’est pas nul, mais il est extrêmement limité.

Incendie

Les mégots de cigarette premiers responsables des départs d’incendie accidentels

Pire, ne serait-ce pas oublier, dans cet aride état californien en particulier, que les départs de feu qui provoquent parfois des brasiers gigantesques, sont souvent dus à de simples mégots mal éteints, et tuent certaines années jusqu’à 800 personnes par an dans la seule Californie? Cet état a pu imposer aux cigarettiers en 2005 des normes anti-incendie sur les cigarettes, mais le système n’est pas encore parfait, et ne pourra jamais l’être. Pour autant, a-t-on interdit de fumer en Californie? Bien évidemment, non… Sans parler des dangers inhérents au tabac, chacun jugera donc de la pertinence d’évoquer les risques d’incendies domestiques dans cet état au climat si particulier.
Pour tuer un produit naissant, rien de mieux que de générer de l’anti-pub quitte à mentir, plutôt que d’édicter des normes ou des lois, qui encadreraient les caractéristiques et la vente d’un produit.

Passons sur les craintes excessives quant au vapotage des jeunes dans cette propagande anti-ecigarette, qui pourraient faire l’objet d’un article entier, au-devant des inexactitudes et approximations scientifiques, démenties par toutes les études.

Cette raideur californienne ne peut s’expliquer uniquement par des arguments sanitaires. Et ce n’est pas une première. Le fondement de cette campagne est plutôt à chercher du côté du puissant du tabac américain, appelé Big Tobacco. Plus précisément, des intérêts croisés entre les principales firmes américaines du tabac, et les états américains.

Une association pro-vape aux Etats-Unis a d’ailleurs réalisé un clip à ce sujet, (ci-dessous) pour contrer cette propagande (en anglais), et expliquer la compromission des états américains, en premier lieu desquels la Californie.

Les intérêts croisés de l’industrie du tabac et des états américains

L'industrie du tabac fait gagner des milliards de dollars à certains états américains.

L’industrie du tabac fait gagner des milliards de dollars à certains états américains.

Selon l’historien américain Robert Proctor dans son livre Golden Holocaust: la conspiration des industriels du tabac, des états américains, dont la Californie, ont signé en 1998 un accord pour que l’industrie du tabac finance la santé publique pour ce qui concerne les maladies liées au tabac, c’est le Tobacco MSA. Ceci afin d’éviter de futures plaintes et de permettre de dédommager les organismes de santé publique des méfaits du tabac.
Selon ce livre, les montants du dédommagement seraient de 246 milliards de dollars, étalés sur 25 ans.
Cela lie donc les états américains concernés à Big Tobacco jusqu’en 2023, au plus tôt. Mais là où l’accord devient particulièrement subtil et où l’influence de Big Tobacco sur les politiques publiques est mis en exergue pour ne pas voir trop diminuer leur chiffre d’affaires, c’est une annexe de cet accord, si les ventes de cigarettes chutaient de manière imprévue pour quelconque raison, ils cesseraient leurs versements. Versements à plusieurs milliards de dollars annuels…
Cela ne peut que dissuader d’une trop forte prévention et de trop dures répressions anti-tabac dans ces états, et plus encore, cela n’autorise pas l’émergence de produits concurrents tels la cigarette électronique, dont personne n’aurait pu prédire un si rapide essor ces dernières années.

Voilà pourquoi, en Californie et dans les autres états américains, tous à degrés divers, la lutte est bien plus féroce qu’ailleurs contre la cigarette électronique, avec une panoplie diversifiée d’arguments et d’outils, pour contribuer au maintien du commerce d’un produit pourtant hautement cancérigène, au détriment de toute logique sanitaire. Il n’y a que le Texas, le Mississippi, la Floride, et le Minnesota, qui n’ont pas signé le Tobacco MSA, car ils avaient des accords antérieurs liant ces états aux firmes du tabac.

Au détriment de dizaines de millions de fumeurs américains, qui continueront à se voir désinformés ou mésinformés sur les aspects positifs de la cigarette électronique. Ceci, sous peine de voir les revenus de santé publique de ces états assez lourdement ponctionnés.

Pour conclure, l’accord entre industrie du tabac et les états américains pour financer leur système de santé publique, explique la campagne anti-ecigarette actuelle en Californie. Une baisse significative des revenus du tabac serait synonyme d’une baisse des recettes dans le financement de la santé publique.
On voit donc que la Californie et d’autres états jouent à un jeu dangereux. Au risque de voir un jour, peut-être, un fumeur américain poursuivre son état pour manquements à la prévention sanitaire?

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